La France jouit d'une Productivité élevée

Le coût du travail n'est pas le principal obstacle à la compétitivité française, puisque les coûts salariaux sont compensés par une productivité plus élevée, ce qui nous ramène à des coûts horaires plus faibles que la moyenne européenne. Certes, il est possible encore de tenter de gagner en compétitivité, mais il semble que ce ne soit pas la priorité et qu'une meilleure politique industrielle d'un côté, un meilleur pilotage macroéconomique de l'autre et des investissements significatifs en recherche et développement soient plus efficaces en matière de croissance, d'emploi et d'attractivité de la France.

Mais elle souffre d'une Absence de Politique industrielle

La principale faiblesse de l'économie française est sans doute son absence de politique industrielle. Si l'on observe bien la spécialisation des Etats-Unis dans le secteur des nouvelles technologies, du Royaume-Uni dans le secteur des services financiers, de l'Allemagne dans celui de l’industrie lourde des biens d'équipement, on a du mal à observer quel serait le domaine de spécialisation de l'économie française.

Par ailleurs, la France centre ses échanges sur la zone euro et dans des secteurs peu adaptés à la demande des pays émergents. C'est sans doute pour ces raisons qu'elle n'a pas profité pleinement, contrairement à l'Allemagne par exemple, de la reprise engagée dès le second semestre 2003 aux Etats-Unis, et surtout en Asie et dans les pays de l'Est.

Il faudra rendre plus visible et plus claire la politique industrielle que l'on désire mener en France. Cela pourrait passer aussi par une politique non pas française, mais européenne, et par la construction de grands groupes tels qu'EADS, qui permettraient de rivaliser avec des grandes multi nationales américaines.

Mais elle souffre d'un manque de pilotage macroéconomique

Il devient extrêmement délicat à l'heure actuelle, puisque, en premier, la politique budgétaire est contrainte par le pacte de stabilité, en deuxième, la politique monétaire est dans les mains de la Banque centrale européenne et de son gouverneur, Jean-Claude Trichet, ainsi que le taux de change, qui est guidé par ces mêmes taux d'intérêt. Dans ces conditions, le pilotage macroéconomique passerait davantage par une politique coopérative entre les Etats européens, qui pourraient soit de façon transitoire accepter de faire une relance budgétaire coordonnée, inciter le directeur de la Banque centrale européenne à ne pas resserrer trop tôt sa politique monétaire, et enfin, à mener des politiques nationales coopératives. L'exemple de l'Allemagne, qui en 2007 augmentera sa TVA tout en baissant ses cotisations sociales, est un exemple parfait de politique non coopérative qui aboutira à une croissance peut-être supérieure en Allemagne, mais qui viendra rogner la croissance de ses partenaires européens, et notamment la France et l'Italie, d'environ un demi-point en 2007.

Mais elle souffre d'un Retard en Recherche et Développement

La France souffre d'un retard très important par rapport aux Etats-Unis, mais aussi avec ses principaux partenaires européens. La part des nouvelles technologies dans l'investissement total en France ne représente que de 10 %, alors qu'elle se situe aux alentours de 16 % en Allemagne, de 20 % au Royaume-Uni, et de 25 % aux Etats-Unis. Ce retard a pour conséquence une moindre contribution des nouvelles technologies à la croissance, qui est trois fois plus forte aux Etats-Unis qu'en France, deux fois plus forte au Royaume-Uni, et plus élevée également en Italie, au Japon et en Allemagne.
Ce retard est principalement dû à un manque d'investissements en recherche et développement du secteur privé, car si on ne regarde que le secteur public, l'effort consacré par ce dernier dans les nouvelles technologies est comparable à celui des grands pays. Il est donc important d'inciter les entreprises privées françaises à innover et à investir dans ce secteur des nouvelles technologies, afin de combler le retard par rapport à nos partenaires.

Elle doit Privilégier les PME

La différence entre l'Allemagne et la France réside dans le nombre d'entreprises exportatrices, qui baisse en France, passant de 103 000 en 2000 à 88 000 en 2004. Alors que, dans le même temps, ce nombre a augmenté outre-Rhin. C'est sans doute une piste intéressante pour expliquer les différences de performances entre la France et l'Allemagne, même si, selon moi, elle n'explique qu'une partie du problème. La principale explication à la baisse des parts de marché enregistrée par la France depuis 2003 n'est pas un problème structurel, puisque les parts de marché en 2002 étaient identiques à celles de 1995. Les pertes de parts de marché ne sont donc pas structurelles, mais liées à une politique de désinflation compétitive menée en Allemagne depuis 2001. Cette politique a permis à l'Allemagne, en baissant le salaire réel outre-Rhin, de gagner des parts de marché et de les prendre à la fois à la France, mais également à l'Italie et à l'Espagne.

Et Améliorer son modèle social

On doit bien entendu améliorer le modèle social français. Deux possibilités existent : la première consiste à calquer le modèle scandinave, qui implique des prélèvements obligatoires supérieurs, mais également des prestations supérieures, avec notamment une indemnisation du chômage plus forte qu'en France, puisqu'elle se situe aux alentours de 90 % du dernier salaire pendant quatre ans, alors qu'en France, elle est en moyenne de 66 % pendant 23 mois. En contrepartie, les chômeurs s'engagent à accepter un emploi dit "convenable" sous peine de suppression de leurs allocations.

Le second est le modèle anglo-saxon, où il est nécessaire de travailler pour avoir une rémunération. Certes, les prélèvements obligatoires sont deux fois inférieurs au modèle nordique, mais le taux de pauvreté est également deux fois supérieur. C'est donc un choix à faire entre des prélèvements obligatoires élevés ou un taux de pauvreté supérieur, et ce avec un même niveau de chômage inférieur à 5%. La France se situe au milieu de ces deux modèles en termes de prélèvements obligatoires et de taux de pauvreté. En France, on ne partage pas le travail, on partage le revenu, ceux qui travaillent payant pour ceux qui sont au chômage.

Aujourdh'ui le gouvernement annonce un train de mesures pour supporter l'emploi et réduire le nombre de chomeurs à moins de deux millions avant les élections.
Création de "groupes solidarité-emploi" dans les ZUS.
Lancement d'une "action préparatoire au recrutement", un dispositif de formation en pré-embauche.
Versement d'une "prime de cohésion sociale" pour favoriser le recrutement des chômeurs seniors.
Suppression des charges au niveau du smic au 1er juillet 2007 pour les TPE.
Prime de 1 000 euros pour les employeurs publics recourant au Pacte.
«Lorsque les choses vont mieux, il faut savoir résister naturellement à la facilité», a déclaré Dominique de Villepin. Et pour ne pas «dilapider nos résultats», il a prévenu que «toutes les recettes fiscales pour 2006 seront consacrées au désendettement de la France». Ses annonces de début de semaine en matière de pouvoir d’achat (chèque transport, augmentation de la prime pour l’emploi…) «seront financées grâce aux marges de manœuvre dégagées sur le budget 2007», a-t-il affirmé.
En revanche, les sujets difficiles ne sont pas abordés alors que la réforme du dialogue social entre enfin dans le concret, c'était peut etre le moment de surfer sur la vague de la croissance et de l'optimisme qu'elle génére pour améliorer notre modèle sociale, recadrer notre politique industrielle, stimuler encore la recherche et donc notre compétivité. Il faudra certainement attendre 2007, que de temps de perdu. François Hollande dénonce ces annonces "ronflantes et sans aucun contenu". "Il y a effectivement des mesures concrètes avec des espèces sonnantes et trébuchantes, mais simplement pour les entreprises, alors qu'on ne donne rien aux étudiants d'un côté, peu de choses aux salariés et notamment un chèque transport dont on ne sait pas très bien s'il va pouvoir véritablement rentrer en vigueur alors qu'il est facultatif", a-t-il ajouté.

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