À la question «Seriez-vous plus heureux si vous étiez plus riche ?», Daniel Kahneman, Prix Nobel d'économie en 2002, et quatre de ses collègues du Centre d'études de politique économique (CEPS) de l'université Princeton répondent par la négative.

«Quand on pose cette question de façon isolée, les gens en exagèrent l'importance. Ils pensent qu'ils seront plus heureux s'ils gagnent mieux leur vie. Mais il s'agit d'une illusion d'optique», affirment les auteurs.

Une illusion, certes, mais pas pour tout le monde. Car les conclusions des auteurs ne valent que pour les ménages de la «classe moyenne» qui gagnent plus de 50 000 dollars par an (plus de 3.000€ par mois). Pour eux, un surplus de revenu ne se traduit que très faiblement en mieux-être. En dessous du seuil de 50.000 dollars, accroissement de salaire et satisfaction semblent en revanche aller de pair.

Pour expliquer leurs conclusions, les économistes américains soulignent que ce n'est pas la valeur absolue du revenu qui rend heureux ou malheureux, mais plutôt l'écart avec les voisins. Autrement dit, être riche parmi les riches n'a aucun intérêt ; ou pis, peut rendre très malheureux, car l'on côtoie souvent encore plus riche que soi.

Selon les auteurs, la consommation de biens matériels n'accroît pas la sensation de bien-être. Enfin, affirment-ils, les loisirs des gens aisés (faire des achats, de la gymnastique...) sont générateurs de tension et de stress.

L'OCDE tire des conclusions similaires dans son Panorama de la société. Le "degré de satisfaction" d'une population n'est pas forcément lié au PIB du pays. Les Mexicains se déclarent heureux de vivre alors que le PIB du Mexique est relativement faible. Au Japon, c'est l'inverse. "Le bien-être des gens dépend en large mesure de la situation de la collectivité dont ils font partie et de leurs relations avec cette collectivité", conclut l'OCDE. On observe qu'aux niveaux inférieurs du PIB, il y a peu de gens heureux, mais passé un certain niveau de PIB, l'augmentation du revenu ajoute très peu au bien-être subjectif des habitants.

La population française est aussi moins satisfaite de son sort que son PIB ne pourrait le laisser croire. PIB et consommation d'énergie sont corrélés. Alors il n’est pas anodin de vérifier le lien qui existe entre la qualité de vie et la consommation d'énergie. Il est intéressant de noter que les États-Unis qui utilisent environ 39 fois plus d'énergie primaire que les Philippines se déclarent au même niveau de satisfaction… S’il n'y pas de relation entre énergie et bonheur ! Alors que l’énergie va venir à manquer et que l’effet de serre risque de contraindre nos modes de consommation, il faut en revanche se poser les bonnes questions…

Si l'argent ne fait pas le bonheur, il fait surtout le malheur : de ceux qui n'en ont pas assez, et de ceux qui n'en ont jamais assez. "Contrairement à ce que croient les pauvres, l'argent ne fait pas le bonheur des riches. Mais contrairement à ce que croient les riches, le manque d'argent fait hélas le malheur des pauvres" Richard Layard.

Source : Le Monde, Echo-Actu


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