Sitôt connue, cette idée a suscité le qualificatif de "cabinet fantôme" (shadow cabinet), que Jean-Marc Ayrault a cependant jugé "un peu prétentieux". Selon lui, "l'idée est de mieux identifier le travail d'opposition, d'être plus lisible, plus intelligible, plus efficace".

L’opposition gagnerait donc en clarté : chaque ministre a un interlocuteur dans l’opposition, seul habilité à le critiquer et à faire des propositions. Mais surtout, ce fonctionnement offre aux électeurs une alternative crédible, prête à gouverner en cas de victoire électorale. L’objectif, selon Laurence Girard : « Etre plus réactifs, et plus audibles dans les médias. Il nous faut absolument des spécialistes reconnus comme tels sur chaque dossier. »

La formation d'un shadow cabinet sur le modèle utilisé par le Parti socialiste est une tradition en Angleterre, à une différence près : là-bas, ce gouvernement fantôme est dirigé par le leader de l’opposition, qui sera le futur Premier ministre en cas d'alternance. Actuellement, le shadow cabinet britannique est dirigé par David Cameron, tête de file des conservateurs aux prochaines législatives.

Elle a déjà été développée, entre autres, par deux anciens présidents de la Vème République. À la manière du contre gouvernement de François Mitterrand en 1966 qui comprenait les principaux responsables de la FGDS (Guy Mollet, Gaston Defferre, René Billères) et dont il assumait la présidence.
Une idée reprise par Jacques Chirac, après la démission de son poste de premier ministre en 1976, afin de se démarquer, selon ses propres mots, du «libéralisme classique de la droite giscardienne», critiquant de façon à peine voilée le nouveau Premier ministre, l’économiste Raymond Barre.

Nicolas Sarkozy, s’était imposé dans l’opinion publique, dès 2003, comme le futur candidat à la présidentielle, pour créer en 2004 l’UMP au service de sa cause.

Le PS manque d’un leader affirmé pour aborder sa transformation et revenir au pouvoir en 2012. La voie Royal de bousculer les échéances n’était certainement pas incongrue. En revanche, son absence du Palais Bourbon la fragilise et révèle une erreur tactique. « La stratégie de Ségolène Royal, c'est de percuter le parti de l'extérieur, en jouant l'opinion contre l'appareil », analyse le député européen, Benoît Hamon. Sans l’appui d’un parti fort, il n’y a pas de salut pour les élections nationales. François Bayrou et Ségolène Royal viennent d’en vivre la cruelle expérience.

Faute de réagir rapidement, la gauche pourrait voir se transformer son gouvernement fantôme en cabinet fantoche !


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